Aucun passage obligé par la case conservatoire, aucun respect strict des codes du rock ou de l’électro. Hyphen Hyphen refuse de s’aligner sur les modèles dominants et s’autorise des croisements inattendus, loin des parcours balisés.
Le groupe niçois multiplie les références et brouille les pistes, au risque d’échapper aux classifications habituelles. Les choix artistiques s’affirment à contre-courant, révélant des trajectoires individuelles qui convergent vers une création collective sans compromis.
Hyphen Hyphen : une quête d’identité entre influences et prises de position
Dès leurs débuts en 2011, Hyphen Hyphen bouscule les attentes. Leur identité : un mélange détonant de pop, de rock, d’accents électro, le tout porté par une énergie scénique qui déborde. Santa, Line, Adam, Zacharie et Zoé Hochberg (qui a quitté le groupe depuis) refusent d’entrer dans une case toute faite. Albums après albums, « Times », « HH », « C’est la vie », ils tracent leur propre voie, loin des sentiers battus, et embrassent une pop rock française hybride qui ne se contente pas de suivre la tendance. Ici, le métissage n’a rien de superficiel : il s’inscrit dans la colonne vertébrale du groupe.
Leur marque de fabrique visuelle, ces deux traits noirs sur les joues, en dit long. Ce n’est pas une coquetterie, mais un symbole. Il traduit l’envie d’une génération de s’affirmer, de se rassembler autour de valeurs partagées, de refuser les prescriptions toutes faites. Sur scène, que ce soit à Rock en Seine, Solidays ou aux Eurockéennes, Hyphen Hyphen s’impose. Leur son, leur présence, leur posture : tout relève d’un choix assumé. Chaque concert devient une déclaration, un moment de communion où l’émotion brute, l’acceptation de la différence et l’espoir prennent le pouvoir.
Leur univers musical ne se limite pas aux partitions. Leurs créations puisent aussi dans le cinéma, les arts visuels ou l’énergie du courant new rave. Des morceaux comme « Just Need Your Love » ou « Like Boys » témoignent de cette ouverture. Leur passage par l’ICP de Bruxelles marque une étape : ils y affinent une écriture qui navigue entre l’intime et le collectif. Lorsque Hyphen Hyphen décroche la Victoire de la Musique « Révélation scène » en 2016, ce n’est pas une ligne d’arrivée, mais un jalon dans une aventure qui se poursuit. Leur démarche s’étend à des collaborations audacieuses, qu’il s’agisse d’une campagne pour Levi’s ou d’une initiative avec l’OGC Nice.
Pour mieux comprendre ce qui singularise Hyphen Hyphen, voici trois dimensions qui structurent leur démarche :
- Recherche d’identité : refuser la norme, affirmer la différence.
- Énergie scénique : transformer chaque concert en espace de liberté.
- Création collective : croiser les influences, déconstruire les frontières musicales.
Avec Hyphen Hyphen, la scène française gagne un groupe qui assume l’expérimentation permanente et fait de la diversité un acte fondateur.
Comment les expériences et les convictions des membres façonnent leur univers musical aujourd’hui ?
Santa, de son vrai nom Samantha Eckert-Cotta, incarne la réinvention. Une mère chanteuse américaine, un père architecte, une scolarité atypique : rien de linéaire dans son parcours. Ce vécu, parfois en marge, nourrit sa musique. L’exclusion n’a pas été une entrave, mais un moteur. Elle s’est hissée suspendue à une grue à Bruxelles, elle a écrit des textes qui font vibrer le refus du formatage. Chez Santa, l’authenticité n’est pas un slogan : elle infuse chaque note, chaque parole. Les droits LGBT, l’égalité, l’acceptation de soi ne sont pas des thèmes secondaires, mais des piliers de son écriture.
Sur scène, l’alchimie se prolonge. Line (Laura Christin) à la basse, Adam (Romain Adamo) à l’image et au merchandising, forment avec elle un collectif qui ne cesse d’expérimenter. Des titres comme « Popcorn salé » ou « Recommence-moi » en sont la preuve. La voix, travaillée avec le coach Guy Roche (Beyoncé, Christina Aguilera), donne une nouvelle dimension à une variété française revisitée, assumée, revendiquée.
L’aventure solo de Santa ne coupe pas le fil d’Hyphen Hyphen. Au contraire, elle prolonge l’élan initial : mélanger pop et engagement, refuser la frontière entre l’intime et le collectif, écrire sans filtre. Chaque chanson, qu’elle touche à la confidence ou au manifeste, poursuit cette mission d’unir et de libérer. Un disque d’or en Belgique vient saluer ce choix de la sincérité. Fidèle à ses convictions, Santa continue de fédérer celles et ceux qui cherchent dans la différence une force, dans la musique un espace d’émancipation. Et tout laisse à penser que la suite ne se contentera pas de répéter le passé.


